Il y a toujours des sous pour détruire une ZAD

Le 8 avril, la ZAD de la Dune à Brétignolles-sur-Mer en Vendée a été expulsée, en plein confinement. Pratique pour éviter que des soutiens ne viennent pour défendre la zone.

Depuis plusieurs mois, cette zone mobilisait de nombreuses personnes contre la destruction d’une plage – havre de biodiversité -, une ferme en agriculture biologique, et une réserve d’eau douce de 340 000m3. Tout ça pour construire un port de plaisance. Plusieurs manifestations ont réuni des centaines de participants, et des personnes occupaient le terrain depuis des mois.

Cette intervention est arrivée alors qu’une altercation avait eu lieu le matin même. Un chiot avait été écrasé par une voiture sous les yeux des personnes qui l’avaient adopté. Leur réaction sous la colère fut de détériorer le véhicule, ce qui conduit à une première intervention de la gendarmerie avec une arrestation. Pour autant, elle ne justifiait en rien d’expulser la ZAD dans la foulée. D’ailleurs, Véronique Sandahl – commandant le groupement de gendarmerie de Vendée – affirme que « l’opération de gendarmerie qui a été menée ne serait pas une évacuation planifiée », mais une procédure de « vérification d’identité » dans le cadre de la procédure ouverte à la suite de l’altercation. Un bon prétexte pour expulser

L’artillerie lourde pour 20 personnes

Selon Les Sables – Vendée Journal, la préfecture a ainsi mobilisé pour cette “vérification d’identités” :

Tout ce déploiement pour, soulignons le, une vingtaine de personnes qui occupaient les lieux à ce moment là. Soit environ une voiture de gendarmes par personne, une unité d’intervention (à quand le GIGN dans les ZAD ?) et des aéronefs.

La vingtaine de personnes présentes a été nassée et embarquée pour des contrôles d’identité. Comme précisé dans le communiqué de la ZAD, elles ont été “dispatchées dans des commissariats partout en Vendée, et certaines sont sorties très tard dans des villes qu’elles ne connaissent pas. Elles se sont donc retrouvées à la rue en pleine nuit et loin de tout soutien, à la merci du moindre contrôle et d’une amende puisqu’aucune attestation ne leur a été délivrée.”

L’état paye donc le prix d’une opération militaire avec l’argent public malgré le manque actuel et cruel de tests

Les 4 chiens, le chat, les 20 poules, le canard et Elizadeth – une truie sauvée d’un élevage – qui vivaient sur place ont été embarqués par la fourrière. Elizadeth a été adoptée mais est décédée depuis

L’état paye donc le prix d’une opération militaire avec l’argent public – en sachant qu’une heure de vol d’un hélicoptère de gendarmerie peut coûter jusqu’à 4000€ -, malgré le manque actuel et cruel de tests, respirateurs et masques de protection pour les personnels soignants et la population.

À lire ensuite:
Au delà des manifestations

Des “bénévoles” comme renforts

Mais ça ne s’arrête pas là. Dans un article de Reporterre,  Jean-Baptiste Durand – président de La Vigie, association historiquement opposée au projet de port -, raconte que « les gendarmes sont repartis vers 20 h, il commençait à faire nuit. Puis sont arrivés les engins de la commune, les services techniques, le maire, un adjoint, et quelques dizaines de personnes venues aider à faire le ménage ». Ces “bénévoles” des environs ont été recrutés par le maire et ont brûlé les cabanes, sans se donner la peine d’enlever au préalable les affaires personnelles qui étaient dedans, ravageant tout ce qui était sur place. Les camions aménagés ont été vandalisés à coup de pied de biche et les moteurs percés. Les personnes qui vivaient dedans sont donc privées de leur lieu d’habitation et laissées sans abri en plein confinement. Un tel déferlement de violence, avec l’usage du feu n’est pas anodin.

Les camions aménagés ont été vandalisés à coup de pied de biche et les moteurs percés.

Martine Lucé – présidente de l’association Demain Brétignolles – souligne, dans l’article de Reporterre : « Ce qui m’interpelle le plus, c’est que le maire ait appelé 70 personnes civiles en plein confinement ». On se demande donc comment, en période de confinement, des personnes des environs ont pu quitter leur logement et se regrouper – à l’appel de la municipalité -, pour venir participer à la joyeuse destruction de ce lieu de vie. De quelle droit se sont-elles permises d’utiliser le feu, et de vandaliser des camions aménagés ? Pourquoi ces actions, si ce n’est pour briser et intimider en dehors de tout cadre ?

Christophe Chabot, le fameux Maire de Brétignolles-sur-Mer et Président de Communauté de communes du Pays de Saint-Gilles-Croix-de Vie qui veut absolument son port de plaisance s’est déclaré “très ému et très heureux” suite à cette expulsion. Il envisage le début du chantier après les grandes vacances, au mois de septembre. Son recrutement de civil, hors de tout cadre tels des mercenaires, n’est pas sans rappeler le préfet de Seine et Marne qui propose aux chasseurs de participer à faire respecter le confinement, comme des auxiliaires de la police. C’est ce qu’on appelle une milice. 

Les zadistes n’ont pas perdu en détermination, comme le montre la fin de leur communiqué : “Puisque nous refusons la construction de ce port infâme et élitiste ainsi que tous les projets industriels, puisque nous refusons le coup d’état pandémique qui suivra la crise du coronavirus, puisque nous refusons le monde qu’ils veulent nous imprimer à coups de matraques, notre détermination ne sera jamais entamée par quelques cabanes brûlées. Nous continuerons a nous battre partout et toujours contre leur capitalisme imbécile, fantasmatique et violent.”

Ni oubli, ni pardon et soutien aux zadistes
ZAD Partout

Crédit photo : Reporterre, La relève et la peste
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